TONDRE UN MOUTON ET LUI TRICOTER UN PULL AVEC SA PROPORE LAINE COOPÉRATION INTERESPECE

 

Il y a environ 35000 ans, l’homo sapiens peint des animaux sur les parois des grottes. Il croit que ce sont des guides spirituels, c’est en les suivant qu’il a découvert de nouveaux horizons. il peint sur son corps et celui de ses morts, il commence à créer des calendriers primitifs qui lui permettent de mieux se repérer dans le temps. 

Quelque chose a changé dans notre sensibilité.

 

La parole sépare les choses, de nouvelles identités apparaissent, l’homo sapiens sort de soi, s’extériorise, il devient un animal intelligent. Dès à présent il classe, hiérarchise, catégorise, objectivise, rationalise, il crée les espèces, les races, les genres, les modes, les humains organisent leur rapport au monde.

 

35000 ans après l’arrivé de l’homo sapiens nous avons appris à donner du sens à nos perceptions, nous organisons nos émotions et nos pensée, nous interprétons les événements et les communiquons au sein de notre communauté. Mais cette séparation du monde, cette mise à distance du sujet et de l’objet, nous à bel et bien séparé de cette nature dont elle voulait nous protéger, et par cette opération l’homme moderne n’a de cesse de vider le monde de son essence en le fixant dans un catalogue d’images, de définitions, de résolutions (scientifique, religieuse, etc). 

Face aux conséquences climatiques générées par notre présence sur terre, comment réinventer de nouvelles modalités pour penser notre réalité, pour habiter notre monde ? 

 

Tondre un mouton et lui tricoter un pull avec sa propre laine, propose un dialogue avec le règne animal. 

Devant la profusion d’images venues d’internet où l’on voit des éléphants qui organisent des manifestations, des singes qui font de la politique, des chats qui jouent du piano, des corbeaux qui font du ski, des pingouins suicidaires, des vaches qui font la gueule, des oiseaux qui font de l’art, des rats qui rigolent entre copains, des chevaux en burn-out… Il est une chose qui est sûre aujourd’hui c’est que les animaux communiquent, prennent du plaisir, ont accès à des émotions complexes, et surtout que les animaux nous transforment, et nous font agir. Selon Emanuelle Coccia « Ce n’est qu’en s’interrogeant sur la nature et sur les formes d’existence du sensible que l’on peut définir les conditions de possibilités de la vie sous toutes ses formes, humaine ou animale. (La vie sensible) »  

 

Conçu comme un espace relationnel dans l’espace public, cette performance se déroule sur plusieurs jours suivant toutes les étapes de la fabrication du pull. La tonte du mouton, le filage de la laine, le tricotage, l’habillage servent de temporalité journalière. Tenue par deux comédiens(nes) performeurs(euses) cette permanence devient dès lors, un espace de relation avec le public, un espace de palabre. Il sera ici question de séparation Nature/Culture, d’exploitation animale, de découvertes éthologiques, d’habiter, de peaux, d’évolution, de différences, de paysages, d’agriculture, de l’art de poser des questions aux animaux, d’esthétiques, de styles, d’instinct grégaire, de reliance, de modes d’existences, de brebis qui apprennent à leurs bergers à leur apprendre, d’architectures affectives, et de pull.

 

 

La peaux, la voix, la laine, le monde 

« L’homme entretient avec le monde la même relation que tout animal avec sa propre peau. Le monde n’a de cesse de devenir notre seconde peau. (…) Et nous sommes dans nos vêtements comme dans la portion du monde la plus chaude, la plus immédiate, la plus accueillante, celle qui est justement difficile de séparer de notre corps, qui en est si proche qu’elle en définit la forme, l’apparence, l’espèce. » Emanuelle Coccia 

Si la théorie de l’évolution de Darwin est juste, que nous sommes en évolution, il est fort probable que les animaux soient un jour nos semblables.
"Tondre un mouton et lui tricoter un pull avec sa propre laine" propose de faire un pas de côté sur les manières dont nous posons des questions aux animaux, en vue de fonder une société juste et équilibrée lorsque ce jour viendra.
Pour donner au mouton du monde de demain l’envie de nous tricoter des pulls, avec nos propres poils.

Photos : Clément Martin, Adeline Bourgoin