( ORGANISME D’ALTER-RÉALITÉ )

« Face au nihilisme, à l’incroyance au monde et à la négation du monde, que peut faire l’artiste, sinon fabuler des mondes, inventer de nouvelles figures du vrai qui ne cessent de défaire l’identité et la forme du vrai, engendrer de nouvelles possibilités de vie, faire jaillir du nouveau et des reliefs dans le nouveau ». P. Montebello.

 

Parce que nous sommes plus fort(e)s à plusieurs et que nous n’aimons pas partir seul(e)s en vacances, 3615 Dakota se définit comme une personne et cent mille, c’est pour cela qu’il est aussi et avant tout un collectif. Le « réel » est notre terrain de jeu. Nous considérons celui-ci comme un ensemble de couches de croyances, de récits et de perceptions portées collectivement sur le monde. Ces strates sont pour nous des territoires avec leurs règles, leurs forces et leurs faiblesses, et comme nous aimons les histoires d’aventures et de cosmonautes, nous aspirons à les conquérir, mais aussi à trouver des accords, à bâtir des ponts entre eux pour participer à la mise en oeuvre d’une réalité publique vivable et partagée. Nous entendons par « réalité » ce grand fourre-tout sémantique dont chacun se réclame sans trop savoir de quoi il en retourne. C’est dans ce grand millefeuille de récits et de croyances que nous établissons nos actions. Notre mode opérationnel consiste à créer des situations, des contextes, pour interagir avec les modes d’existence du réel, en vue de créer des alter-réalités où il ferait bon se réunir les soirs d’orages.

‚Äč

Cultiver de nouvelles géographies

Nos performances regroupent des individus, des forces et des moyens pour agir à grande échelle sur la notion de réalité. Nos opérations sont des projets de détournement, de contournement, d’épaississement de réel dont l’objectif est de transformer la notion de réalité de façon pérenne ou éphémère. Les espaces mentaux sont à investir autant que les espaces physiques : nos mémoires collectives, nos rêves, une légende populaire sont ici autant de terrains d’expérimentations qu’une place de parking, un jacuzzi ou un parpaing. Notre but est de décomposer les mécanismes du réel pour chercher les possibles interactions avec celui-ci. Les représentations cognitives de nos relations à l’espace sont la cimaise de nos installations. Nous travaillons sur la matière symbolique des choses, nous cherchons les moyens de modifier la structure émotionnelle de la matière, la charge affective du réel, pour créer du biotope sentimental sur notre environnement.

 

Parce que refusons avec force cet esprit de sérieux qui pèse sur notre monde comme une chape de plomb, nos actions s’opposent au pragmatisme, à l’individualisme et au cynisme générés par une société postmoderne où les volontés politiques, scientifiques et médiatiques tendent vers une rationalisation du monde, engendrant un appauvrissement du réel, un rétrécissement des imaginaires. C’est pour faire face au risque de désintégration que connait la société aujourd’hui, que nous sommes brutalement rappelés à la nécessité de penser les conditions d’un “vivre ensemble”.

C’est face à ce constat d’urgence que naît le besoin de cultiver des îlots de possibles pour revendiquer le droit à une réalité multiple.

 

Investissement de l’espace, conquête du territoire

Nos performances et installations s’adressent à tous types de lieux et d’espaces, un village, un champ, un centre d’art, le futur, un SMS, une agence de voyages, un fromage, une sucette publicitaire, une rue, un cimetière, une recette de cuisine, un pavé, une sieste, une bétonnière peuvent devenir autant les décors que les supports de nos narrations. En fonction de nos opérations, nous sommes composés tour à tour de plasticiens, de performeurs, de comédiens, de menuisiers, de neurologues, de cuisiniers, d’administrateurs, de neurologues, d’urbanistes, de conseillés funéraires, d’attachés de productions, de chevriers, de régisseurs, d’hypnothérapeutes, de notaires, de musiciens, de politiciens, de dresseurs de chiens, de médecins du sommeil, de fromagers, de graphistes, de vignerons, de piscinistes, de fermiers, d’ingénieurs, de maçons, de danseurs, d’anthropologues, de juristes, de philosophes, de plombiers, de sosies, de vidéastes, d’horlogers… Nous cherchons à infiltrer les représentations pour mieux les défricher, les habiter et les détourner. Nous aimons mélanger les disciplines, changer leurs contextes, jouer avec leurs codes et leurs territoires.

 

Et plus si affinités

Nous créons des espaces de sociabilité où l’humain n’est plus pensé en termes de différenciation avec son environnement, mais sous forme d’appartenance au monde. Le théoricien Nicolas Bourriaud définit l’art relationnel comme l’ensemble des pratiques artistiques qui prennent comme point de départ théorique et pratique l’ensemble des relations humaines et leur contexte social. C’est dans le prolongement de cette pensée que s’inscrit notre travail, pour faire de cet espace de la relation au monde, aux choses, au réel une esthétique, une plastique. 

ISLAND(S)

Island(s) est un vaste programme qui regroupe des individus, des forces et des moyens pour agir à grande échelle sur la notion de réalité.
Les Island(s) sont des projets de détournement, contournement, d’épaississement de réalité (exemples : découverte de faux patrimoine historique, invention d’une recette de cuisine, transformation d’un rond-point en espace bien-être, etc.).
Leur objectif est de transformer la notion de réalité de façon pérenne ou éphémère.
Ces actions s’opposent au pragmatisme, à l’individualisme et au cynisme générés par la société postmoderne, où les volontés politiques, scientifiques et médiatiques tendent vers une rationalisation du monde, engendrant un appauvrissement du réel, un rétrécissement des imaginaires.
C’est face à ce constat d’urgence que naît la nécessité de faire pousser des îlots de possibles pour revendiquer le droit à une réalité multiple.